DEFENDRE les RETRAITES : salariés et retraités seuls à contribuer???

Pour financer les retraites, la position gouvernementale est claire : il faut allonger la durée de cotisation et retarder l'âge de départ.

Or, ce n'est pas parce qu'on repousse l'âge du départ en retraite que les salariés vont tous travailler plus longtemps. Aujourd'hui, avec une durée de cotisation de 40 ans, les 2/3 des salariés du privé qui prennent leur retraite à 60 ans ne sont plus au travail: ils sont soit au chômage, soit en maladie, soit en invalidité.

Avec une entrée de plus en plus tardive dans la vie active due aux études et au chômage, il faudrait avec l'allongement de la durée de cotisation travailler, selon les hypothèses, bien au - delà de 65 ans pour bénéficier du taux plein. Pour le plus grand nombre, c'est une vue de l'esprit. Si on intègre les ravages de la décote (il est même question d'en instaurer de nouvelles), c'est bien à une baisse drastique du montant des pensions que conduisent les pistes gouvernementales alors qu'aujourd’hui, plus d’un million de retraités vit déjà sous le seuil de pauvreté (900 € pour une personne seule et 1 250 € pour un couple) et que 50% des salariés ont une retraite inférieure à 1 000 €!

La seule solution pour les salariés, et à condition de le pouvoir, sera d'épargner tout au long de leur vie pour des régimes de retraites privés. C'est bien là ce qui aiguise les appétits de la haute finance qui rêve de disposer de cette épargne accumulée tout au long de la vie professionnelle.    

 

Les hypothèses gouvernementales sont socialement inacceptables. 

En fait, il s'agit d'un problème de société : sommes-nous disposés à faire le choix de consacrer une partie plus importante de notre richesse nationale à financer les retraites?

 

D'après le Conseil d'Orientation des Retraites (COR), il faudrait que d'ici 2050 la part du Produit Intérieur Brut consacrée au financement des retraites augmente de 6 points pour passer à 18%. C'est exactement le même effort que celui accompli entre 1945 et 1995 sans que notre économie n'en souffre, car dans le même temps, la richesse nationale a considérablement augmenté. Or, le COR prévoit que le PIB va doubler d'ici 2050.

La question d'une répartition différente des richesses est posée.

Pour financer les retraites, il existe des leviers ignorés par le gouvernement : le taux de cotisation, leur assiette et le chômage.

Une hausse des cotisations de 0,4% à 0,5%  par an d'ici 2050 suffirait à assurer le financement des retraites. Mais le patronat ne veut pas entendre parler d'une hausse de ses cotisations.

Un levier plus efficace encore consisterait à élargir l'assiette en mettant à contribution les profits et les revenus financiers au nom de la solidarité nationale, mais c'est un sujet tabou.

Pourtant durant les 20 dernières années, la masse salariale est passée de 70% de la valeur ajoutée à 60% pendant que la part patronale passait de 30% à 40%. Il y a bien eu transfert de richesse, mais dans le mauvais sens!

Une réduction du chômage permettrait évidemment d'alimenter les caisses de retraite. Or, nos prévisionnistes semblent considérer comme pérenne le taux de chômage actuel.

Le gouvernement a décidé que ce serait les salariés et les retraités qui seront les seuls à être mis à contribution, au prix d'un important recul social.

A nous d'imposer d'autres choix.

 

Alain BOUSSARD

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